Anonyme

Ça fait maintenant huit mois que je n’ai plus de travail. Ma femme ne le sait pas. Chaque matin je me lève à six heures, je prends ma douche, je mets une chemise propre et je sors. Elle me prépare le petit déjeuner et me dit de bien travailler. Je passe la journée dehors. Parfois à la mosquée, parfois assis dans un maquis où je prends un café que je fais durer deux heures, parfois je marche simplement. Le soir je rentre avec la tête de quelqu’un qui a travaillé. L’argent que je ramène, je l’emprunte. À un ami, à un cousin, à quelqu’un qui ne sait pas encore que je ne peux pas rembourser. Je tourne. Je prends chez l’un pour rendre à l’autre. Je sais exactement où ça va finir mais je continue. Le pire c’est quand elle me demande comment s’est passée ma journée. Je raconte. J’invente un collègue, un dossier, un chef difficile. Je suis devenu très bon pour ça et ça me dégoûte. J’ai essayé une fois de lui dire. On était assis, les enfants dormaient. J’ai ouvert la bouche et il n’est rien sorti. Parce que si je dis la vérité, je ne suis plus l’homme qu’elle a épousé. Je deviens le mari qui n’arrive pas. Je ne sais pas comment on sort de ça. Je sais juste que demain matin je vais encore mettre une chemise propre.