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La pression

Celui sur qui tout le monde compte

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Tu es l'aîné. Ou celui qui a fait des études. Ou celui qui est parti.

Depuis, on t'appelle. Pour la scolarité des petits. Pour le loyer. Pour le mouton. Pour l'ordonnance de la vieille.

Tu réponds. Toujours. Parce que c'est comme ça. Parce que c'est ta famille.

Mais personne ne t'appelle pour te demander comment toi, tu vas.

Il y a des gens sans travail qui n'osent pas le dire. Qui empruntent pour envoyer quelque chose, juste pour que la famille ne sache pas. Qui inventent une histoire à chaque fin de mois.

Il y a des gens à l'étranger qui envoient tout et qui dorment mal. Chez eux, on croit qu'ils ont réussi. Ils n'osent pas casser cette image.

Cette charge a un nom simple : c'est trop pour une seule personne.

À force, quelque chose lâche. On dort mal. On s'énerve pour rien. On évite les appels. On a honte d'avoir honte.

Le pire, c'est le silence. On se dit qu'avouer qu'on n'y arrive plus, ce serait décevoir tout le monde. Alors on tient. Jusqu'à ne plus tenir.

Tu as le droit d'être fatigué même si d'autres ont moins que toi. La souffrance ne se compare pas.

Dire non une fois ne fait pas de toi un mauvais fils, ni une mauvaise fille.

Et si tu ne peux le dire à personne autour de toi, dis-le ici. Sans nom. C'est déjà poser le sac par terre une minute.

Après la lecture

Tu peux parler de ce que ça t'a fait, si tu veux.